Le Bonheur est à l'école - production FASO

Le Bonheur est à l'école - Histoire d'un projet

En février 2017 s'est déroulé un voyage de la junior association FASO dont je fais maintenant partie depuis plusieurs années. Durant la préparation de ce séjour, j'ai réfléchi aux potentiels sujets à aborder dans les films à réaliser. Un thème s'est finalement imposé à moi : l'école. Cependant, j'ai eu le souhait de créer avec ces futures images un vrai projet dépassant le documentaire.

Un mois avant le départ, tout juste, je me suis rendue avec avec Rachel et Amélie, deux jeunes de l'association, à l'école primaire Saint-Exupéry de Villemomble (93250), dans la classe de M. Taviot. Armées d'une caméra, d'un micro, mais aussi et surtout d'images de Burkina, d'un planisphère et de nos sourires, nous avons d'abord échangé avec les élèves sur le Burkina, l'Afrique. Où se situe le Burkina ? Comment est-ce là-bas, le climat, la terre, les arbres ? Quelle langue y parle-t-on ? Comment se nomment leurs habitants ? Est-ce vraiment différent de chez nous ? [...]

Et puis, petit à petit, nous avons dessiné le scénario que nous leur proposions : réaliser un film, avec eux, par eux, à destination des enfants de l'école primaire de Boussouma. FASO serait alors simplement le support portant leur voix à 4 000 km de chez eux, vers des destinataires similaires à eux.
Présentation de leur classe, de leurs fournitures, récit d'une journée type à l'école, hobbies, métiers qui font rêver... Et beaucoup, beaucoup d'échanges, de réflexions. Pas idiots ces loulous !

Les enfants ont ensuite réalisé des dessins, pour les écoliers de Boussouma. Pour ceux qui le souhaitaient, ils ont été filmés individuellement pour se présenter, montrer leur dessin, et faire passer le message de leur choix à leurs nouveaux interlocuteurs, par-delà les frontières. Je vous souhaite que vos rêves se réalisent ! ... Magique.

Remerciements, sourires, dessins rangés dans ma sacoche, nous voilà sortis de l'école, toutes les trois, moi avec mes quelques heures de rushs à monter.
Mon ami burkinabé Daniel S., actuellement à Paris pour des études, nous a fait l'honneur de nous prêter sa voix pour traduire en mooré le film une fois fini : à l'école primaire, au Burkina, les plus jeunes ne maîtrisent que mal le français, n'étant pas souvent parlé chez eux. Je souhaitais faire en sorte que ce film soit réellement accessible à tous les élèves.
Deux semaines après le tournage, je me retrouvais à nouveau dans la classe de M. Taviot pour montrer aux élèves le film fini, tel que les burkinabés le verraient. Emmerveillement des enfants à se rendre compte que leur image allait se retrouver sur un autre continent.

Un mois après le tournage, nous voilà embarqués avec FASO au Burkina. Je revois avec plaisir la brousse qui m'avait manquée et qui n'a que peu changé. Le jour de notre arrivée à la ferme, nous projetons le documentaire, à la nuit tombée, grâce à un pico vidéoprojecteur. C'est la surprise pour les membres de l'association, personne ne l'avait vu. Philibert, gérant de la ferme et surtout un grand ami, est touché. Le stress monte; quelle sera la réaction des enfants ?
Dès le lendemain, nous nous embarquons à l'école. Trois des six classes sont réunies dans une des salles, pour la projection. Les enfants sont émerveillés à l'idée de voir un film. Nous sommes au milieu de la brousse, le décalage est immense. Plus encore, et grâce à la voix off en mooré, je suis heureuse de voir que leur attention est captée.

Après la projection, nous discutons, échangeons tous ensemble avec les enfants et l'institutrice présente. Je filme. Nous abordons les mêmes sujets que ceux traités en France, pour une éaglité des données, pour un vrai dialogue. Comme si les petits français étaient là, en face d'eux.
Tant pour eux que pour nous, les échanges sont surprenants, parfois en décalage avec ce que nous avions imaginé. L'expérience est inédite. Certains mots sont durs, mais les réalités sont différentes. La manière et la force d'esprit avec laquelle ces enfants ont conscience de leur vie est saisissante.

Lorsque les dessins des écoliers sont donnés aux jeunes burkinabés, intense joie. Les yeux pétillents, ils sourient, rient, ils sont curieux et veulent tous les voir. Ils demandent à être pris en photo avec les dessins des français. Ils sont heureux : plus encore, après le film, images mouvantes, les sons, voilà qu'ils touchent du doigt les dessins vus dans la vidéo, voilà qu'ils tiennent dans leurs mains les rêves colorés d'autres enfants.

Nous laissons des feuilles, des crayons et des feutres pour que les enfants puissent dessiner pour les élèves français, en retour. En les récupérant, avant notre départ de la ferme, nous sommes touchés. Tous se sont appliqués, tous ont mis du coeur dans ces dessins.

J'ajoute que j'ai eu la grande joie, lors d'une invitation à tous les membres de l'association dans un maqui-restaurant à Boussouma, de montrer au Chef du village et ses conseillers ce petit film. Ce n'était pas prévu : nous nous sommes retrouvés dans un local du maqui, au milieu des caisses de Brakina, à regarder les yeux pétillants des enfants français. Le Chef ne parle pas le français, mais la voix off en mooré nous a permis de lui montrer un film accessible, et surtout de lui montrer notre effort d'insertion et notre désir de sincère partage avec eux tous. Le Chef était très touché, moi de même : je crois que je ne réalisais pas bien l'honneur qui m'était fait. Le Chef, autorité traditionnelle du village, est très respecté. En sortant du local après la projection, certains membres de l'association l'ont vu avec des yeux discrètement émus. Grande et belle récompense pour ce travail accompli.

En rentrant en France, une fois les images montées, je suis retournée dans l'école primaie Saint-Exupéry, montrer en avant-première (avant même les autres membres de l'association !) ce film intitulé Le Bonheur est à l'école. Les réactions parlent d'elles-mêmes. Les enfants sont marqués, se questionnent, réagissent mais, surtout... Surtout. Ils ont des idées. Ils ont de ces idées qui poussent à l'action, à la mobilisation, à l'éveil. Lorsque, après de beaux échanges, je sors de mon sac les dessins des écoliers burkinabés, l'excitation est palpable : ils viennent tout droit d'Afrique, de la brousse ! De vrais cadeaux, un papier qui a voyagé, des rêves couchés en couleurs sur des feuilles devenues trésors.


Le but de cette expérience était de créer un véritable dialogue entre des personnes identiques mais séparées par quelques milliers de kilomètres. Ces enfants, burkinabés et français, ont tous à peu près le même âge. Les mêmes rêves. Les mêmes blagues, les mêmes sourires, les mêmes envies. Peut-être que certains seraient des amis, s'ils vivaient côte à côte. La création d'une ouverture par l'échange sur le pays d'abord, puis la réalisation d'une voix, la concrétisation par l'échange et, enfin, la matière réelle donnée par l'échange des dessins a permis d'amorcer un dialogue sans frontière. La compréhension de l'autre, l'intéraction, le partage sont autant de notions qui ont été au coeur de cette première expérience. Nombre de choses sont à améliorer, à pousser plus loin, des leçons ont aussi été tirées, mais l'élan est donné.

Ce qui est sûr c'est que le jeune Antoine, au même titre qu'Issouf, sont bien des enfants du monde. Avec des rêves similaires. Peut-être qu'un jour ils pourront se rencontrer.

 

[La vidéo tournée dans la classe de l'école primaire française sera bientôt disponible, après autorisation des parents]

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Date de dernière mise à jour : 09/06/2017

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