Comment c'est arrivé ?

            Cette aventure a démarré dans ma vie lorsque j’étais en classe de Première. Au sein de mon lycée se trouvait une junior association créée depuis peu par un jeune que je connaissais. Au détour d’un couloir, il m’a dit un jour qu’il fallait une relève pour son association étant donné qu’il partait faire ses études supérieures l’année suivante. C’est ainsi qu’en 2011 j’ai poussé la porte de l’infirmerie du lycée où se trouvait Pascal Dauthieux, infirmier et accompagnateur principal de l’association, et que j’y suis rentrée officiellement en début d’année de Terminale en tant que secrétaire et trésorière. C’est là que j’ai pris contact avec ces notions de solidarité, d’économie sociale, de développement durable. Aujourd’hui, je suis accompagnatrice de l’association et je soutiens les jeunes activement dans nos projets sur place, au Burkina Faso, mais aussi plus localement dans la ville où nous nous trouvons en France ; Villemomble (Seine-Saint-Denis). Je suis en contact permanent avec les membres burkinabès du projet que ce soit par mail, téléphone, ou tout simplement lorsque je me rends sur place.

            Cette arrivée précoce dans le monde de l’économie sociale et solidaire, en pleine expansion, ne m’a pas réellement laissé le temps de me questionner au préalable sur les enjeux d’une telle initiative. Je suis entrée dans l’association par envie de découverte, d’aventure, d’action, pour toucher concrètement du doigt ce que je voyais à travers les images de mes manuels d’histoire ou dans des articles sur Internet. Je me suis engagée d’un seul élan et mes affinités avec ceux qui partagent mon dévouement m’ont permis de m’épanouir pleinement et, plus encore, m’ont donné envie d’intégrer ce monde au mien, à ma vie future, à mon quotidien. Tout au long de mon investissement dans l’association et encore aujourd’hui, j’ai rencontré des professionnels de tout type, des associations, des bénévoles. Les échanges que j’ai pu avoir avec eux m’ont permis de me forger et de me former, de compléter mon expérience personnelle au sein de l’association FASO.

Mais en fait, kezako ?

            FASO est une junior association composée de jeunes lycéens du lycée G. Clemenceau de Villemomble (Seine-Saint-Denis, France), encadrés par des membres de l’équipe pédagogique et notamment Pascal Dauthieux, accompagnateur principal de l’association depuis sa création en Avril 2010. L’association a été créée en premier lieu pour financer la partie énergétique d’un projet déjà en place et mené par d’autres organismes : la culture de la spiruline, une algue riche et nutritive, au sein d’un monastère de sœurs bénédictines à Koubri (Burkina Faso). Cependant le projet n’a pu aboutir : la production de spiruline a été mise en place mais les sœurs se sont désengagées du projet avec ses partenaires. Sur une idée de Philibert Belem qui fut guide lors de notre voyage en 2011 dans la ferme de spiruline, FASO a décidé de poursuivre son partenariat avec une des associations déjà participante sur le projet spiruline afin d’utiliser notamment les panneaux solaires qui n’avaient pas pu être installés chez les sœurs.     

            Depuis Septembre 2011, l’association FASO en partenariat avec l’association Terre Solidaire, Connaissance, Partage, Développement du lycée professionnel G. Péri de Champigny-sur-Marne, a créé une ferme d’1,5 hectare au sein du village de Boussouma (district de Koubri, Burkina Faso). Le terrain a été cédé par M. Joseph Belem, père de Philibert Belem, sur un accord établi par le CVD – Conseil Villageois de Développement du village (conseil des Anciens). Cette ferme produit en premier lieu du moringa, un arbre aux vertus nutritives et médicinales importantes. Une partie du terrain en produit de façon intensive tandis que pour le reste, la ferme fonctionne sur un procédé de culture associée. Elle dispose donc d’une production maraîchère. La spécificité de la ferme réside dans le fait que la production est possible toute l’année et relativement indépendamment des saisons des pluies. Le puits du village, à quelques mètres de la ferme, est maintenant équipé d’une pompe électrique qui stocke l’eau dans un polytank. L’eau est ensuite dirigée vers un robinet à destination des villageois (à la place de l’ancienne pompe manuelle), et vers la ferme où se trouve un second robinet. L’irrigation est ainsi possible toute l’année. La pompe fonctionne grâce à l’énergie électrique fournie par les panneaux solaires installés sur les bâtiments de la ferme.

            La gestion de la ferme sur place est assurée principalement par Philibert Belem. Il a créé une association en pendant de FASO et de Terre Solidaire afin de gérer au mieux les démarches. Il s’assure du bon fonctionnement de la ferme, transmet en France des photos et des devis lors des achats et des aménagements, et il s’attache à valoriser le moringa aux alentours : en effet, 20% de la production de moringa est donnée gracieusement à des dispensaires ou a tout organisme qui s’occupe de prendre en charge des personnes malades, faibles, des enfants ou des femmes enceintes. C’est particulièrement le cas avec le dispensaire de Didri, non loin de la ferme, et l’association AFAFSI – Association des Femmes Africaines Face au SIDA basée à Ouagadougou. Philibert Belem est actuellement salarié des deux associations partenaires françaises. À terme, il sera salarié de la ferme. Celle-ci prend déjà en charge l’agriculteur principal de la ferme, un jeune de 23 ans, et depuis Octobre 2015 un jeune apprenti est venu rejoindre l’aventure. Le but de la ferme est en effet d’être pédagogique afin de former des jeunes à une nouvelle agriculture, et lutter ainsi contre l’exode rural. Cette nouvelle agriculture, l’agroforesterie, permet aussi de sensibiliser au développement durable, à lutter contre la pollution. Un travail est également fait avec l’école de Boussouma sur ce point. Finalement, le projet de la ferme de Boussouma prend une envergure qui a dépassé de beaucoup les ambitions initiales. La ferme gagne en autonomie (notamment financière), les deux associations françaises peuvent peu à peu se détacher du projet et commencer à travailler sur des projets impliquant plus les villageois de Boussouma et alentours. Un des projets que FASO a en cours, et en accord avec le CVD de Boussouma, est d’électrifier le collège local afin de permettre l’ouverture de cours du soir pour les adultes ou jeunes adultes qui n’ont pas pu être scolarisés étant enfants. Ces cours leur permettraient d’avoir des connaissances de bases en français et en mathématiques, leur ouvrant des portes notamment dans le milieu professionnel en leur donnant plus d’indépendance.

            Chaque nouvelle décision à prendre concernant l’évolution de la ferme est mûrement réfléchie en France, notamment sur les questions de faisabilité à court et long termes, mais aussi au Burkina. FASO est en perpétuel lien avec les acteurs burkinabès du projet : ils sont les premiers concernés et connaissent mieux que quiconque leurs besoins, les réalités de vie. En somme, la création de ce projet d’économie sociale et solidaire de la ferme de Boussouma, rayonnant  un peu plus chaque jour sur le territoire du district, est le fruit d’un partenariat complet entre français et burkinabès. L’idée de la ferme est locale : les deux associations partenaires sont présentes pour l’apport de moyens malheureusement non accessibles par les burkinabès au sein de leur pays. Celui-ci est encore en cours de construction économique, sociale, politique également, et les initiatives de développement par les populations ont souvent du mal à trouver des financements ou des moyens matériels par l’état. C’est pourquoi Philibert Belem s’est tourné vers les deux associations françaises pour créer ce projet alliant développement durable, formation et sensibilisation des populations, création d’emplois, lutte contre la malnutrition, solidarité.

            Egalement, depuis 2013, nous soutenons Mariam Traoré dans la création de son école Sipri située dans la région de Banfora au Burkina Faso. Cette école mixte met un point d'honneur à permettre aux fillettes d'accéder à l'éducation : elles sont en effet souvent délaissées, les parents souvent pauvres privilégiant l'éducation de leurs fils. Nous aidons Mariam Traoré via une subvention annuelle pour la construction de l'école et l'achat de matériel. En 2014, nous avons également parrainé l'école pour que la Fondation de France - RAJA Danièle Marcovici finance les frais de scolarité de trente fillettes sur deux ans.

Et en France, comment ça se passe ?

            FASO est une junior association : ce statut est possible grâce à la Ligue de l'Enseignement qui octroie aux mineurs le droit de s'associer étant donné qu'ils ne peuvent accéder au statut d'association loi 1901. L'association FASO est donc entièrement composée de jeunes, du lycée G. Clemenceau de Villemomble (Seine-Saint-Denis, France). Âgés de 15 à 17 ans, c'est eux qui composent le bureau et qui effectuent les démarches. Ils sont épaulés par des accompagnateurs : Pascal Dauthieux (infirmier scolaire) l'est depuis le début, en 2010. Il a été rejoint de Septembre 2012 à Juin 2015 par Julien Fromage, professeur d'histoire-géographie, suppléés par mes petites mains. En 2015, j'ai officiellement reçu le statut d'accompagnatrice de l'association aux côtés de Pascal Dauthieux. Des membres de l'équipe pédagogique du lycée sont également présents llors de nos évènements et nous aident, nous soutiennent. Les proviseurs successifs du lycée, M. Alain Suran et M. Serge Rodrigues, sont également là pour répondre à nos attentes. Les jeunes disposent par exemple d'un local pour se réunir, ils ont accès au matériel informatique et de bureau, et ils peuvent demander une salle pour leurs réunions. Ils participent à la vie du lycée chaque année de façon un peu plus active.

            Les réunions se font généralement le Lundi ou le Jeudi, jours de présence de Pascal Dauthieux, entre leurs heures de cours et aux pauses déjeuner. Les jeunes fonctionnent également par mails ou téléphone. C'est comme ça que les décisions peuvent se prendre, que les actions sont menées. Concerts au théâtre G. Brassens prêté par la ville, ventes de produits burkinabès, brocantes, expositions, carrefour des associations de la ville et course solidaire... Autant d'actions qu'il faut mener au mieux pour financer nos actions au Burkina !

Finalement...

            Je suis entrée dans l’association FASO lorsque j’étais en Terminale. Aujourd’hui accompagnatrice, j’ai parcouru à côté de mon engagement des voies diverses – estudiantines et professionnelles – qui m’ont toutes menée à une même réflexion. L’expression, au sens complet du terme, est la clé pour la création d’un nouvel élan au niveau mondial, dans la compréhension de tous et dans le respect. L’économie sociale et solidaire me semble être l’un des moyens les plus concrets à la création de cet élan : c’est en laissant chacun s’exprimer, en permettant à tous d’agir et en réunissant tous ces acteurs que l’on peut parvenir à changer durablement les choses. Au-delà de l’aspect politique qui souvent est un frein, chaque homme et chaque femme sur Terre devrait être dans la possibilité d’exprimer ses idées, de réaliser ses projets dans un esprit de coopération et d’entraide. Nous ne choisissons pas où nous naissons, ni dans quelles conditions qu’elles soient climatiques, environnementales, économiques ou politiques. Chacun doit prendre conscience de ce qui l’entoure et agir à sa façon pour le confort de tous. Lorsque j’évoque le projet FASO, nombre de personnes sont surprises. Pourtant les projets de ce type sont nombreux mais malheureusement peu connus ou perçus comme inaccessibles. Il est important de conserver un lien avec les jeunes citoyens français – et au-delà ! – pour continuer d’inculquer ces valeurs - à mon sens - primordiales. Le documentaire FASO, dont j’ai filmé une grande partie des images et que j’ai monté dans sa totalité, est un premier pas vers cette diffusion grâce à l’expression d’acteurs burkinabès à qui la parole a été donnée, ainsi qu’aux acteurs français de l’association qui ont participé à l’élaboration du documentaire. L’implication est indispensable ici et là-bas, et le dialogue est possible si l’on s’en donne la possibilité. Le monde n’est pas une bouteille, il suffit de voir grand et d’oser franchir les frontières cartographiques.

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Date de dernière mise à jour : 05/06/2016

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